Des espaces personnels
Dans la classe, comme dans tout groupe d'ailleurs, il me
semble important que des espaces personnels soient
clairement repérés et respectés par
tous. Il y a bien sûr le sac qui sert à
transporter ce qui va d'un endroit à un autre
(maison, école, autre maison...). C'est un vecteur de
communication, le premier pour les tout petits. Mais ses
conditions d'usage sont les mêmes que lorsqu'il s'agit
d'un écrit : il faut qu'il transporte et
qu'il témoigne de la vie. Il pourra y avoir des
petits mots à soi, des cailloux brillants de la
rivière, ou le goûter, etc...
Il y a aussi le casier personnel, sous la table où
on est quand on se retrouve en collectif. C'est là
qu'on y entrepose les outils dont on pourrait avoir besoin
au fil de la journée, ou les choses précieuses
qu'on veut garder longtemps, tout ce qui est plus de l'ordre
de la conservation que de la transformation.
Il y a enfin le panier personnel. Là, on y dispose
les choses dont on a besoin en ce moment pour
réaliser ses "chantiers" ou les "chantiers" en
cours.
Des espaces pour tout
Ces espaces, dont le plus grand nombre se trouve à
l'intérieur, ont des fonctions bien précises.
On sait où on doit aller pour faire telle ou telle
chose, de telle ou telle manière. Si je veux lire un
album, je vais à l'endroit où sont
disposés les livres. Mais ce n'est pas au même
endroit que je vais si je veux lire seul ou si je veux lire
avec d'autres. Il y a donc bien repérables, des lieux
où on fait un type d'activité et des lieux
où on fait des choses seul, à plusieurs ou
ensemble.
Des espaces à tous
Ce sont les bâtiments mais aussi
l'extérieur. En ce qui nous concerne, ça veut
dire la grande cour (chez d'autres, il y a quelquefois un
jardin, ou un pré, ou un plateau...). Chez nous, il a
trois sortes d'espace dans la cour:
- un fixe. Il s'agit d'une partie goudronnée
où sont installés les poteaux qui
reçoivent les panneaux de basket, le filet de tennis
(ou volley ou bagminton ou...) et les buts.
- un organisé, dans la partie herbée,
réinstallé une à deux fois par an par
les parents, les enfants et moi-même. On y trouve en
ce moment, autour des deux immenses tilleuls, un pont de
singe, un filet à grimper à pneus, une tour
à pneus, un toboggan double, une balançoire,
deux cordes à grimper, une échelle de corde,
un bac à sable (qui se transforme en pataugeoire aux
beaux jours)...
- un modulable, enfin plutôt un genre de terrain
d'aventure. Tous les matériaux qu'on
récupère, qu'on a à notre disposition y
sont disponibles en permanence. Un jour, c'est pour faire un
parcours; un autre jour, pour faire un enclos; un autre
jour, pour faire un tipi, etc... Il y a là des
tréteaux, des plateaux de bois, des tubes, des
vieilles tables, des vieux sièges, des pierres, des
briques, des vieux draps ou tissus, etc... Ca prend tout un
garage de l'école, ce bric à brac ! La
partie réservée à ce terrain d'aventure
comporte le préau, les anciens WC que nous avons
transformé en cabane avec les parents, et deux
morceaux de la cour goudronnée.
Des espaces non spécifiquement
scolaires
C'est celui des abords de l'école:
- le pré communal qui se trouve juste à
côté, qu'on utilise souvent pour faire des
grands jeux qui ont besoin de terrain (thèque,
drapeau, etc...). On peut y accéder en sortant de
l'école, sans aucun obstacle.
- l' étang de 6 hectares, communal aussi, proche
de 50 mètres, où nous récupérons
tétards, grenouilles, alevins, plantes, où
nous essayons nos bateaux, où nous nous trempons
quand il fait beau, où, quand on arrive à
récupérer des vrais bateaux, on canote
tranquillement.
- le bourg où nous connaissons bien la poste, la
mairie, le mécanicien où nous allons faire
gonfler nos ballons, l'épicerie où nous
faisons nos courses quand on veut faire un gâteau, ou
le marchand de journaux chez qui nous faisons
développer nos photos et qui nous vend nos journaux,
etc...
Sans ces 4 dimensions de l'espace, chronologiques au
départ de la vie du petit d'homme et
simultanées dès la fin du primaire, il n'est
pas possible d'offrir à chacun un environnement
à la fois stable et varié, permanent et
modifiable, capable de susciter chez chacun des vraies
envies d'agir au sens large qui sont les seules situations
véritables d'apprentissages.
Ce n'est qu'à l'aise à
l'intérieur de ces espaces, présents et
vivants chaque jour, qu'on peut avoir envie, besoin d'en
explorer des plus lointains, plus larges, qu'on devient
capable de se les figurer et de communiquer avec eux.
Concrètement, il n'est donc pas possible, voire
même inutile et dangeureux, de se mettre en
réseau avecx d'autres écoles ou d'autres
groupes sans cette dimension-là
préalable.
Encore faut-il que cet espace existe (qu'on en prenne
conscience d'abord!) et puisse exister là où
se trouve l'école!...
Frédéric GAUTREAU, CREPSC LA
PUYE (86)
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