Inspirations

Sophie BILLARD

Portrait sur la radio Hapchot

Your browser doesn’t support HTML5 audio

Une journée dans la classe de Sophie, documentaire de 50'

Tourné en Février 2016 à Saint Ouen dans une école élémentaire de 15 classe située en Réseau d’Éducation Prioritaire, le film montre une classe de CP-CE2 avec des enfants autonomes, coopératifs, apprenant parce qu’ils ont des projets, des envies.

Le film est structuré autour d’une journée dans la classe, avec les commentaires de l’enseignante expliquant les outils mis en place pour tendre vers un espace éducatif du 3ème type. Cette pédagogie différente se pense comme un système vivant en développant les langages, le multi-âge, les ateliers permanents.

Extraits de conférences qui ont suivi le visionnage


L'histoire du documentaire

Les rapports à l'institution

Les parents, les devoirs

Comment commencer

L'école du 3ème type en pratique

Textes du documentaire

2’12 Ma recherche a commencé il y a une quinzaine d’années avec le mouvement Freinet, le groupe GEPEM (Groupe Est Parisien de l'Ecole Moderne) et par la suite avec la lecture du livre de Bernard Collot intitulé « La pédagogie de la mouche ou pédagogie du 3ème type ». Je me suis alors inscrite sur une liste de discussion d’enseignants praticiens chercheurs du même nom « la liste du 3ème type » qui est devenue la liste Pratiques en Mouvement aujourd’hui.

Nous essayons, aux quatre coins de la France, de mettre en place des systèmes classe différents.
J’essaie de tendre vers cette école du troisième type qu’explique et décrit Bernard Collot dans son livre.

Au début de l’aventure, j’ai essayé d’être au plus proche des invariants de Freinet et j’ai mis en place des pistes, des outils proposés par le mouvement Freinet : la libre circulation, les créations maths, le texte libre, les méthodes aaturelles d’apprentissage, les fichiers auto-correctifs, le journal de classe, la correspondance, les sorties découvertes du milieu,… et puis ensuite sont venus, les ateliers permanents permettant le développement des langages, la réunion quotidienne garante de l’auto-organisiation et de la communication permanente, régulatrice des projets, des ateliers, des activités, des conflits et enfin le multi-âge. Je me suis permise de penser autrement l’espace éducatif, le temps scolaire et l’acte même d’apprendre. Je me suis permise de lâcher prise.

Le multi-âge est une des composantes essentielles de cette aventure. Il permet aux enfants d’évoluer dans un milieu riche, ou les interactions et interrelations sont grandes, différentes et multiples.
Dans un espace éducatif multi-âge, les petits sollicitent les grands, les grands réinvestissent ce qu’ils savent, doutent parfois et vérifient à nouveau. Les petits apportent leurs regards neufs sur le monde, les grands se souviennent et racontent. Les grands sont la mémoire du groupe et permettent eux petits de s’approprier l’espace, le temps, les ateliers, les outils, les règles de manière bien plus rapide, bien plus fluide.
Le multi-âge est un état de vivre naturel : le multi-âge c’est la vie.

C’est la composante qui a été le plus difficile pour moi à avoir chaque année. Chaque fin d’année, de nouvelles structures sont proposées pour l’année suivante selon les arrivées et les départs des enfants. Dans une école de 15 classes, ce n’est pas un exercice simple et les classes mono-âge sont privilégiées.

4’15 La place de l’adulte
Dans cette école, je suis la seule à tâtonner vers un espace éducatif du 3ème type. Je suis la seule à aller aussi loin dans le fait de laisser l’enfant apprendre pour lui et par lui même.

Quand on commence à s’engager en pédagogie active, on considère alors l’enfant comme acteur, auteur de ses apprentissages, de ses connaissances dans des apprentissages souvent informels. L’adulte change alors de place, de posture, de rôle.
Je ne suis plus celle qui sait tout, qui décide tout et qui gère tout, l’imprévu fait partie du notre quotidien.
Je suis plutôt un facilitateur d’apprentissage. Je suis celle qui incite, qui étaie, qui propose, qui provoque, qui aiguille, qui conseille, qui aide, qui accompagne. J’ai appris à avoir un regard différent sur les enfants qui ne sont plus des petits vases vides à remplir, mais des porteurs d’envies et de projets. Je les accueille au maximum de mes possibles dans leur globalité.

Les enfants cherchent ce dont ils ont besoin et je les aide, je les aiguille pour qu’ils trouvent ce qu’il y a de plus précis, de plus approprié à leur recherche ou à leur projet. Je leur apporte les moyens de réaliser, de créer.
Je suis passeuse de culture.

Je suis aussi celle qui aide à réguler la vie de la classe, je suis garante de la sécurité affective de tous, de l’état sécure de chacun et du groupe.

8’06 Une des questions récurrentes des parents, des collègues concerne les programmes, toutes les compétences seront-elles acquises?
Vont-ils réussir après ?

En ce qui concerne les programmes, étant fonctionnaire, j’ai obligation de les appliquer, mais il n’est pas imposé de les appliquer de manière linéaire, morcelée et coupée de tout contexte.
Je n’ai aucune obligation de programmation imposée, ni de progression pré-pensée, ma liberté pédagogique opère ici. Dans ma démarche, la programmation des apprentissages n’existe quasi plus.

En 1989, la loi d’orientation parlait déjà de cycle, mettait l’enfant au cœur du système éducatif, pensait l’acquisition sur plusieurs années. Il est donc possible de laisser l’enfant faire ses projets et de remplir un référentiel en traduisant ce que fait l’enfant en compétences lisibles par l’ensemble des partenaires qui accompagne l’enfant. Si on pense en cycle, l’enfant a alors 3 années pour acquérir les compétences, dans l’ordre qu’il peut, dans l’ordre qu’il veut. Dans cet état de faits, un enfant de 6 ans peut bien avoir une compétence d’enfant de 7 ans, un enfant de 8 ans peut encore éprouver des difficultés de lecture et reprendre ce qui est prévu par le programme pour un enfant de 6 ans. De plus, tout cela dans une classe multi-âge ne pose aucun problème de comparaison, tout cela s’acquiert au fil du temps, chacun à son rythme.
Certains ne peuvent pas aller jusqu’au bout des programmes, même sur 3 ans. Dans ces cas, ce qu’il faut, c’est faciliter au maximum leurs acquisitions et surtout être dans le respect de leur rythme et de ce qu’ils sont. Il me semble important de toujours être vigilant sur l’estime qu’ils se portent et de l’image qu’ils ont d’eux même. Dans mes classes, les enfants en difficulté d’apprendre ou empêcher d’apprendre vont bien et ne sont pas les « cancres » de la classe. La stigmatisation est quasi effacée.

En tant que fonctionnaire je respecte les programmes de l’Éducation Nationale, ma mission est de favoriser au maximum la réussite de tous les enfants de la manière la plus bienveillante qui soit, ce qui n’est pas toujours simple dans les milieux difficiles, nous sommes tous faillibles.

15’36 Tous les ans de nouvelles modifications se font dans l’espace éducatif.
Cette année, j’ai privilégié un espace de discussion fixe pour les réunions et certaines activités.
Un espace dans lequel les enfants peuvent lire allongés, assis sur un pouf, faire des activités mathématiques au sol, s’allonger, jouer aux jeux de société, faire leurs exposés, regarder un DVD, faire des recherches sur le net... Pour cela, j'ai fait le choix de ne pas « attribuer » à chaque enfant une place fixe et de mettre moins de tables que d’enfants.
Chacun avait sa case, des bacs pour mettre les trousses, d’autres pour mettre des cahiers, des pochettes pour les feuilles d’activité, mais les espaces « tables » étaient à tous.
Ce dispositif a permis bien plus de fluidité pour l’installation d’ateliers ou d’activités mouvants et a totalement effacé l’aspect territorial habituellement ressenti du « non c’est ma table ».
Ce dégagement des espaces « tables » a aussi permis de mettre en place la table nature. Table sur laquelle se trouve, des boites, des loupes, une loupe binoculaire, des insectes et tout un tas de choses qui viennent de récole nature (plume, feuille, fruit, écirce...). Les enfants y avaient accès librement l’après-midi.

26’29 Les devoirs Une autre de mes missions est « d’évaluer ».
Évaluer ne veut pas dire faire un contrôle collectif sur les mêmes notions.
Évaluer ne veut dire « noter ». La notation n’est pas obligatoire à l’école primaire, c’est le choix d’un dispositif pédagogique. Les premières personnes concernées par l’évaluation sont les enfants, les apprenants.
Les dispositifs d’évaluation doivent donc servir en priorité aux enfants et à nous les adultes pour accompagner, pour aider, proposer au mieux et certainement parfois pour nous rassurer.
J’évalue de manière continue, des observations peuvent me suffire à évaluer des compétences.
Tout est évaluable à celui qui sait regarder et entendre.

Les livrets
Je fais des livrets sur lesquels j’écris beaucoup. Je ne me contente pas d’écrire sur les domaines d’enseignement, mais je commente aussi l’autonomie de l’enfant, ses attitudes en groupe, comment il se saisit des outils pour régler les conflits, comment il investit les domaines de création. Sur les livrets, une partie est réservée à l’enfant, il s’exprime sur ce qu’il aime, ce qu’il n’aime pas, quelles solutions nous pourrions trouver pour l’aider. Nous avons une partie commune, l’enfant s’auto-évalue par des points de couleur, je fais de même et nous comparons. Une partie est réservée au directeur et une autre aux parents. Chacun à loisir pour s’exprimer.
J’essaie de faire une synthèse la plus précise qui soit, de toutes mes observations, de toutes les activités que l’enfant a menées lors d’une période. Je reçois les parents au moins une fois dans l’année mais ils peuvent tout au long de l’année me solliciter pour un entretien.
Les entretiens sont très importants, ils permettent d’expliquer précisément aux parents où leur enfant se situe, quelles sont ses réussites, où il éprouve des difficultés, comment il évolue seul, en groupe, comment il s’investit dans les activités et dans ses projets. C’est un véritable moment de co-éducation, nous partageons et cherchons ensemble comment accompagner au mieux l’enfant dans ses projets. La plupart du temps l’enfant est là pour l’entretien et y participe activement.

Les devoirs
Dans mes pratiques, j’ai aussi fait le choix de ne pas donner de devoirs écrits. Ils sont en effet interdits depuis 1957 et de nombreuses études et recherches depuis les années 1980 montrent qu’ils creusent les écarts entre les enfants et nourrissent donc l’échec scolaire. C’est un choix pédagogique délicat, car il est d’usage que les enfants aient des devoirs le soir : les parents sont inquiets et cela peut gêner le fonctionnement des études surveillées. Je ne donne pas de devoirs écrits, cela ne veut pas dire qu’ils n’écrivent pas en rentrant chez eux, cela veut dire qu’ils ont le choix des activités qu’ils ont envie de faire.

31’56 La libre circulation
Je suis dans un espace qui donne sur la cour et cela est un choix. En effet, c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour pouvoir mettre en place la libre circulation dans l’école dans laquelle je suis sans que cela pose de problème de fonctionnement de l'école. Il est difficile dans une école de quinze classe d’installer ce droit fondamental. Cette libre circulation est « réglée » afin de permettre aux enfants de s’autonomiser et de se responsabiliser. Dans l’espace éducatif, deux règles sont d’OR : dans cet espace je chuchote et dans cet espace je suis calme. Cela permet à tous de profiter d’espaces extérieurs tels que le préau, la cour, le couloir, la salle des enseignant(e)s.