Les autres langages : corporels, graphiques, sonores, musicaux...

 

Il ne fait aucun doute qu'il n'y a pas de hiérarchie de valeur dans les langages, en tout cas que dans leur construction. Si hiérarchie il y a elle ne dépendra que du contexte dans lequel chacun se trouve et dans lequel chacun se fraie un chemin. D'autre part ces langages sont le plus souvent imbriqués, dans les processus de construction, dans leur utilisation que ce soit au niveau de la perception ou de l'expression, et même dans les réseaux neuronaux qui en sont la source. On sait l'importance des langages primitifs, géniteurs de tous les autres. On sait également... qu'on ne sait pas comment tel ou tel langage, telle ou telle construction, induit tel ou tel autre langage, telle ou telle autre construction. C'est dire que nous considérons que dans nos pratiques nous devons favoriser la construction de tous les langages.

Christian R : Produire des "oeuvres"

Stéphane : ma méthode !

Laurent L un espace arts visuels

Christian R

lors du Congrès de Renne de l'ICEM en 2000, j'avais fait la connaissance de Paul Lebohec (grand artiste de la libre expression pédagogique) qui présentait dans une salle le résultat de l'expérience du dessins libres menée par une collègue. Étaient présentés des porte-vues qui rassemblaient chronologiquement  des productions d'enfant (un porte-vue par enfant)

Je fus stupéfait de constater que toutes les productions tendaient vers une expression que j'avais pu observer dans les expositions d'art brut.

D'expressions quelquefois très convenues au départ, toutes les séries se métamorphosaient en objet singulier.

Autrement dit, la conclusion que j'en tirais était qu'il semblait y avoir une sorte d'universalité dans l'expression, comme s'il existait une expression naturelle commune à tous et que l'expérience systématique menait vers un même type de création.

Cette expression était d'une richesse infinie par toutes les combinatoires qu'elle supposait puisque portée par l'expérience unique de chaque individu.

Il y avait autant d'oeuvres originales que d'individu.

Conclusion :

L'éternité nous appartient.

L'exercice du dessin libre libère le geste jusqu'à mener vers une forme complètement aboutie, jusqu'à se manifester par des formes semblables en apparence d'un individu à l'autre.

Ce que Picasso fit toute sa vie.

Ce n'est pas en s'obligeant à se libérer, en adoptant une posture d'artiste maudit, qu'il devint libre, mais en produisant énormément par des séries très importantes et répétitives qu'aucun musée ne nous a jamais montré.

Ce qui fit de Picasso un grand artiste, ce fut sa production incessante de "dessins libres".

Il n'a jamais su à l'avance ce que la répétition de son geste allait faire naître.

Il a également énormément observé et rencontré ses contemporains.

Regardez ses dernières oeuvres et vous verrez ce que vos enfants dans vos classes produisent de plus aboutis à l'issue de leur recherches répétées et libres.

Conchiez les "à la manière de".

C'est la mort de l'expression libre.

Pire, c'est sa négation.

Mais attention, dans cette liberté revendiquée, il y le partage dont il ne faut pas faire l'économie.

Ce que j'aime, je le montre, je le partage.

Et si les momes s'en tapent, ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas murs, ou pas assez éduqués/cultivés,

c'est parce qu'ils ne sont pas disponibles.

Tant pis pour ma gueule.

retour sommaire - retour menu 3type

Christian R

le retour au groupe en deux temps par la présentation des travaux d'enfants et ensuite par l'affichage est largement suffisant pour faire émerger de nombreuses formes de créations, de nombreuses techniques qui n'auront jamais à être classées par genre, style, courant.

Il y aurait là un contresens pédagogique à vouloir proposer un travail qui irait dans un sens qui n'intéressent que les pédants et les conservateurs.

Comme si pour être un citoyen éclairé il fallait être savant de ce que proposent les manuels d'histoire de l'art.

Dans l'histoire de l'art contemporain la rupture est une réponse permanente à l'académisme qui se construit dans les esprits plein de l'air du temps.

Ce qu'on retient d'une oeuvre c'est l'émotion qu'elle nous procure et jamais son appartenance à un courant quelconque.

La contrainte ne peut être que celle qui est le résultat d'une expression subjective propre à un groupe à un moment donné.

Dans les recherches il y a de la pragmatique.

Que de la pragmatique.

Quand une technique se dégage et que son succès entraîne une série de productions d'un même type, cela agit comme le fait un artiste.

Il me parait essentiel de se détacher de notre pensée muséal qui nous a laissé croire qu'il n'y avait que des artistes majeurs qui ne produisaient que des chefs d'oeuvres .

Dans les musées il n'y a rien, de ce qui serait l"expression d'une démarche créatrice d'un artiste.

Un musée est un cirque où on ne présente que les meilleurs numéros.

A force de fréquenter les musées, on se construit une représentation d'un artiste mythologique.

L'écrivain E. Junger écrivait que les bibliothèques sont des ossuaires de l'esprit.

Il en est de même pour les musées : il n'y a que de la mémoire morte qui vient nécroser notre perception du monde.

Quand on visite des galeries, elles exposent des oeuvres en séries, recherches obsessionnelles d'un artiste à un moment donné.

Au point qu'on serait tenté de penser que ce qu'on voit c'est toujours pareil.

Work in progress.

Quand un enfant adopte une attitude singulière dans une création, pour peu qu'elle soit suffisamment dissonante (mais pas trop au risque d'être jugé pour ce qu'elle ne mérite pas d'être dans des propos à l'emporte pièce), ce sentiment d'originalité devient un champ d'expérimentation pertinent que tout le monde s'empressera d'explorer jusqu'à le rendre conventionnel en attendant la prochaine rupture.

J'ai fait cette expérience cette année en maternelle à travers les explorations permanentes et libres de ce que les enfants peuvent disposer dans la classe. 

Ma crainte était de voir un appauvrissement des pratiques et manipulations des matériels, au point de laisser place à l'ennui.

Et bien même le jeu d'assemblage le plus élémentaire fait l'objet d'explorations aux résultats encore inattendues.

retour sommaire - retour menu 3type

Stéphane D

Bonjour je vais oser décrire ma modeste méthodologie en ce domaine , soyez indulgents gentes dames et sieurs :

 1° La production brute est présentée en réunion

 2° La classe au doigt levé emet un avis sur l'oeuvre : FINI / PAS FINI

 3° Les réactions du maître et de la classe sont notées sur une étiquette

 4° L'oeuvre peut être améliorée grace a ces remarques de la classe / grace à des exemples culturels / grace à un apport technique ou elle peut être affichée et archivée si l'auteur la juge achevée

 5° Si elle a été retravaillée elle est représentée en réunion puis affichée et archivée

 6° Un complément culturel est présenté si il existe !

 Voila c'est tout !

retour sommaire - retour menu 3type

 

Laurent L

Lors de ma visite dans la classe de Philippe, nous avons modifié l'agencement de l'espace alloué aux arts visuels. Je m'explique. Dans ma classe je procède de la façon suivante:

  1. je dispose dans "un espace d'arts visuels", une trentaine d'oeuvres d'artistes divers et variés (je télécharge à partir de google un certain nombre d'oeuvres mais il en faut un nombre conséquent pour que l'enfant ait le choix). Les oeuvres sont seulement organisées et les noms des artistes sont mentionnés,

  2. je laisse les élèves venir aux oeuvres (cela peut prendre un mois parfois) et ils en choisissent une qui leur plaît,

  3. il n'y a pas de consigne. L'élève fait se qu'il veut à partir de l'oeuvre initiale. Cette phase me semble très importante car l'enfant va pour le coût vraiment "entrer en communication" avec la production de l'artiste.

Ce que j'ai pu constater c'est que tous les élèves passaient par une phase d'imitation. Cette phase est nécessaire pour pouvoir par la suite s'en détacher. Elle sécurise l'enfant.

Bref, nous avons donc aménagé avec Philippe un "espace d'arts visuels" et j'aurais aimé qu'il décrive les réactions de sa classe. Y a-t-il eu une invasion de petits Mondrian à Saint-Sorlin ?


Réponse Philippe R

Comme tu le dis plus haut dans ton message, dès fois, il faut attendre 1 mois ...

Mais, en l'espace de 3 jours, y a déjà eu un petit Mondrian. Après avoir fait sa production, il l'a affiché sur le tableau devenu "les nouveautés du jour" le temps d'une journée puis sa production a rejoint l'espace dédié à Mondrian avec l'une de ses oeuvres et les oeuvres faîtes par les enfants de l'IME où travaille Laurent et qu'il nous a envoyées.

Avec Laurent, on a donc réaménagé un espace stratégique avec cette oeuvre. Ce n'est pas le style que les enfants semblent préférer mais on verra bien. Je suis persuadé qu'il y en aura d'autres. Puis, on occupera cette espace par un autre artiste ; j'vois bien les portraits de Chessac pour la prochaine fois.

C'est encore trop tôt pour voir l'impact de cette affichage. J'ai remarqué que les enfants mettent toujours un temps certain avant d'utiliser un outil, un affichage. Je fonctionne moi aussi comme ça. Il faut que l'outil soit là un certain temps avant que je l'utilise. J'ai dû leur passer ça inconsciemment.

Pour ce qui est des autres modifications de l'affichage, même remarque. Il faut un certain temps d'appropriation. Aucune remarque particulière.


retour sommaire - retour menu 3type

 
urent  

retour menu 3type