Les brevets

Une tentative de réponse à des questions délicates

Je pratique aussi les brevets pour les différents apprentissages car ce n'est pas une évaluation figée. Ils permettent de donner du sens aux évaluations, car ils se préparent, on s'entraîne plus ou moins selon ses acquis, et si on échoue, ce n'est pas fini, on retravaille ce qu'on n'a pas su faire et on repasse le brevet un peu plus tard... Bref, on inscrit que les réussites. La philosophie qui les sous-tend étant "universelle".

Mes premières questions, celles qui m'ont fait chercher autre chose, étaient plus sensibles :

  • Comment éviter cette douloureuse image de soi, que renvoie l'évaluation
  • Comment éviter le cycle infernal : évaluation râtée, nouvel apprentissage, nouvelle évaluation râtée... ?
  • Comment respecter les rythmes personnels et valoriser les acquis de chacun ?
Les brevets peuvent apporter les bonnes réponses, si on met en place une organisation qui leur permette de vivre. C'est à dire une classe qui soit un lieu de partages de connaissances et de reconnaissance de savoirs. Un climat de confiance doit être instauré pour que l'enfant ose et puisse faire ses essais en toute sécurité.

L'enfant aura donc des moments où il pourra être en apprentissage personnel, mais pas seul à côté des autres, il pourra partager, confronter, aider, être aidé, se regrouper... Lorsqu'il aura travaillé, qu'il aura cherché, qu'il se sera entraîné, exercé... il pourra passer un brevet qui prouvera et validera son savoir. S'il s'est trompé, qu'il a brûlé des étapes, il pourra travailler de nouveau en comptant sur les autres et repasser ultérieurement le brevet.

Les brevets ne se réduisent pas à des épreuves écrites, un savoir peut être montré à la classe et à l'enseignant, lors de ses écrits, de ses présentations, de ses actions et validé lors des conseils de coopération.

Catherine Chabrun, Instit

Du temps à l'enfant pour apprendre

Il me semble que les brevets sont le prolongement direct de l'organisation en plan de travail qui vise à laisser le temps à l'enfant pour apprendre.

Il me semble que certains enfants peuvent très bien, très vite, vérifier leur compétence et la voir certifier, quand d'autres nécessitent des exercices et des exercices pour l'acquérir. L'idée n'est évidemment pas que certains passent 100% des brevets et que d'autres n'en passent que 10%, mais bien que la très grande majorité les passent tous.

Ainsi, je comprends le brevet non pas seulement comme une évaluation à la carte, mais comme la possibilité du choix du moment de l'évaluation. Et je vois là un avantage dans le fait que l'enfant se projette et trouve une formulation du savoir ou du savoir-faire en apprentissage. Il peut "se sentir capable de", "ne pas encore être capable de", "attendre que..". On voit que ça ouvre encore une fois, à toute une déclinaison temporelle et modale, qui est en même temps un rapport à son propre apprentissage.

Le brevet permet de fait et naturellement un discours autour des contenus d'apprentissages, et favorise leur formulation et leur perception...me semble-t-il, a priori. C'est comme cela que je tente de le défendre face à mes collègues de niveau pour une éventuelle installation du système.

Jean Michel Balanca & Michel Monot (Inspecteur de l'Education Nationale)